naar top
Menu
Logo Print
16/10/2019 - WOUTER VERHEECKE

TECHNOLOGIE INTELLIGENTE COMME SOLUTION AU PROBLEME DE PERSONNEL

Dana Brugge, pionnier dans la numérisation

Si Dana Brugge est un concept dans les entraînements hydrauliques pour véhicules off-highway, Luc Bovijn l’est aussi dans notre discipline. Il y a quelques années, nous avions déjà publié un entretien avec le directeur technique de l’époque, connu comme fervent partisan de la numérisation sur le lieu de travail. Il est donc logique que BEMAS a pensé à lui et à l’entreprise manufacturière de Flandre occidentale lorsqu’ils ont élaboré au printemps un ‘best practices tour’ dans notre pays pour les responsables de maintenance norvégiens. Nous avons visité l’entreprise et vu ce que Bovijn – actuellement actif ailleurs – a déjà mis en place.

Dana Brugge

Quels sont vos plus grands atouts et défis comme entreprise manufacturière spécialisée en EUR?

Luc Bovijn: “Le groupe international faîtier Dana Spicer réalise des systèmes d’entraînements complets et ce, pour tous les types de véhicules possibles. Dans cette usine, notre travail est toutefois très spécifique. En effet, nous concevons et fabriquons purement des transmissions hydrauliques pour par exemple des engins agricoles ou miniers. Très complexes et typiquement en petits volumes mais avec des débouchés mondiaux. Outre la production, un département R&D et un centre d’essais sont logés ici. Ce département R&D, avec l’expertise de nos collaborateurs, est d’emblée aussi la grande force de notre entreprise. Ceci fait que nous sommes compétitifs et que nous existeront encore de nombreuses années à mon avis. Mais honnêtement, j’entrevois le plus grand défi dans le personnel. Nous devons compenser le vieillissement sur notre lieu de travail mais les bons chercheurs d’erreur et analystes de défauts en toute connaissance de cause ne courent pas les rues. De plus nous pêchons ici en Flandre occidentale dans un étang proverbial à moitié constitué d’une mer, où le chômage est encore très faible à l’heure actuelle. Cette recherche de personnel adéquat est à tout le moins un peu laborieuse.”

Comment abordez-vous ce problème concrètement?

Luc Bovijn: “Nous commençons toujours à annoncer les emplois vacants en interne et investissons beaucoup de temps et d’argent dans les formations. Nous le faisons naturellement afin que des collaborateurs connus viennent travailler ici. Nous tentons de convaincre les nouveaux-venus de nos avantages en tant qu’employeur via des agences RH, des salons de l’emploi et les médias sociaux. Nous avons un parc de machines varié et ambitieux, dans lequel un technophile peut réellement s’en donner à cœur joie; comme spécialiste ou allrounder. Au sein du Service Technique, nous sommes confrontés aussi bien à la mécanique qu’à l’hydraulique et l’électronique. En même temps nous sommes conscients de nos inconvénients. Par exemple nous travaillons encore en équipes – matin, après-midi et week-end –, ce qui est souvent perçu comme un écueil par les jeunes qui ont une autre vision de l’équilibre travail-vie. Vous pouvez vous y casser les dents mais en tant qu’employeur vous êtes obligé de vous adapter à ces évolutions sociales. Et nous essayons d’organiser le travail de façon plus intelligente. Pas seulement pour augmenter la productivité et l’efficacité mais aussi pour rendre le travail des collaborateurs plus agréable. Par exemple, ils circulent ici avec des tablettes afin de disposer des informations nécessaires de façon ergonomique, grâce au ‘server-based cloud’. Par ailleurs, nous utilisons ici des smart glasses dans la logistique et des lunettes RV pour les formations.”

Dana Brugge Schermen

Nous voyons ici aussi de grands écrans suspendus au-dessus des allées? À quoi servent-ils?

Luc Bovijn: “Du fait que la demande est très forte actuellement et parce que nous voulons garder la satisfaction de notre clientèle, les machines tournent réellement à plein régime. Ceci fait aussi que nous avons un rapport 13/87 obligé en matière d’entretien préventif et correctif. Il s’agit donc de soumettre les machines à un contrôle préventif au plus vite lorsqu’elles sont libérées. Naturellement nous devons résoudre au plus vite les éventuels défauts afin que les machines soient à nouveau rapidement ‘up and running’ et ne menacent pas le planning de production. Sur ces écrans nous pouvons consulter l’état d’une machine en un clin d’œil et en temps réel. Si un problème intervient, l’opérateur ou chef de groupe suspend ici le ticket correspondant, un signal sonore retentit et la couleur d’état change à l’écran. Ensuite nous pouvons vite décider quelles tâches exécuter en premier et à qui les attribuer, en fonction de la criticité de la machine en question. Si les machines engendrent de réels goulots d’étranglement, une concertation téléphonique est en tout cas aussitôt instaurée. Si ces machines sont arrêtées, les conséquences dans la production se font déjà sentir en effet après vingt minutes.”

Dana Brugge

Quel est l’avantage concret de ces écrans pour vous?

Luc Bovijn: “Toutes les nouvelles technologies que nous implémentons ici doivent en tout cas avoir une valeur ajoutée prouvée. Il ne peut donc pas s’agir de ‘nice-to-haves’, mais elles doivent résulter dans une optimisation de l’uptime, de la qualité, de l’output ou du confort de travail. Grâce à ces écrans, notre temps de réaction est fortement réduit. Les chiffres sur la durée de réparation et l’arrêt nous donnent en fait des infos utiles sur les pièces de rechange que nous devons garder en stock, ou sur les aptitudes qui nous font défaut et pour lesquelles nous devons donc prévoir une formation. Grâce à ces outils, je peux donc faire travailler mon équipe de façon plus intelligente.”

En même temps, nous voyons ici aussi des machines bel et bien vétustes. N’hypothèquent-elles pas les nombreux efforts de numérisation?

Luc Bovijn: “L’âge moyen de nos machines est de 27 ans, ce qui du reste explique notre pourcentage élevé d’entretien correctif. Ceci fait aussi que les éléments à remplacer sont parfois difficiles à trouver. Le grand avantage de ces anciennes machines est toutefois d’être généralement bien plus rigides que les nouvelles variantes. Avant, un tel centre de travail pesait aisément 16 tonnes, maintenant seulement 9 tonnes. Aussi nous cannibalisons ces anciennes machines ou procédons à des mises à niveau. Nous conservons l’ancienne machine mais nous la ‘customisons’ avec par exemple de nouvelles commandes, câbles, moteurs et capteurs. Nous les adaptons à l’état actuel de la technique.”

Dana Brugge

Comment réagissent vos collaborateurs à toutes ces reconversions numériques?

Luc Bovijn: “En tout cas, les écrans ont déjà initié un excellent changement de mentalité. Comme nous remettons en question les temps de réaction régulièrement, les collaborateurs font maintenant cette même réflexion de façon spontanée. Ils proposent des solutions. En général, les réactions sont toutefois attentistes et parfois aussi méfiantes à l’égard de ces changements. En effet, ils pensent que nous allons les contrôler et qu’ils devront travailler plus vite. Or ce n’est pas du tout notre objectif de les forcer à courir. Les collaborateurs ne doivent pas travailler plus dur, mais de façon plus intelligente et plus efficace. En faisant les bons gestes de la bonne manière et au bon moment, l’output augmentera de toute façon. Il s’agit de bien le communiquer pour qu’ils se rendent compte de l’utilité de ces nouveaux outils technologiques et s’en convainquent.”

Ne craignent-ils pas pour leur job?

Luc Bovijn: “Je considère toutes les nouvelles possibilités de l’Industrie 4.0 comme une solution possible au problème de personnel actuel. Nous pouvons ainsi compenser les manques sur le marché du travail et fixer ou utiliser aisément les connaissances. Il est parfaitement possible actuellement de se trouver devant une machine et de laisser regarder un expert à l’autre bout de la terre pour obtenir les bonnes instructions. Je répète que l’interaction de l’expertise de notre personnel et le R&D sont notre grande force. Si nous perdons cette expertise, nous perdons aussi notre avantage concurrentiel et sommes assimilés au reste du monde. Nous ne le voulons pas naturellement. La conservation du travail est pour moi un objectif très important!”