"Il faut tisser un lien etroit entre le personnel et la technologie"
geert ostyn nous parle de âletâs make it togetherâ chez Picanol
Un acteur bien connu ... câest le moins quâon puisse dire Ă propos du groupe Picanol. Il sâagit du plus grand fabricant de machines Ă tisser au monde, prĂ©curseur en matiĂšre dâinnovation et bien ancrĂ© en terres yproises. Nous nous sommes demandĂ© comment une entreprise aussi impressionnante mettait en pratique les principes de la Factory of the Future. Geert Ostyn, senior vice president Business Transformation & Strategic Alignment de lâentreprise, nous a donnĂ© la rĂ©ponse.
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Factory of the Future Award?
Le groupe Picanol est une entreprise qui opĂšre totalement dans lâesprit de Factory of the Future. Pourtant, elle nâa pas encore dĂ©crochĂ© de Factory of the Future Award. Geert Ostyn nous explique pourquoi: âCela fait longtemps que je suis actif au sein dâAgoria dans tout ce qui a trait Ă la fabrication. JâĂ©tais donc aux premiĂšres loges lorsque le programme âMade Differentâ a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©. Picanol a mĂȘme Ă©tĂ© lâune des entreprises test qui ont fait lâobjet dâun audit basĂ© sur les 7 transformations. Nous avons Ă©galement Ă©tĂ© une source dâinspiration pour plusieurs entreprises qui ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©es entre-temps. Pour nous, deux conditions importantes font obstacle Ă la certification: il faut obtenir une note de 4 sur 5 pour chacune des 7 transformations et ce, pour lâensemble du groupe. Câest difficile pour nous car nous sommes constituĂ©s de plusieurs entreprises (voir encadrĂ© ci-dessous) et nous gĂ©rons la palette complĂšte: le dĂ©veloppement, la production et le marchĂ© de lâaprĂšs-vente. En outre, il y a aussi les processus logistiques avec les autres sociĂ©tĂ©s du groupe comme Proferro et Psicontrol. Elles aussi disposent de ce processus complet en interne. Structurellement, il est donc trĂšs difficile de remporter ce prix pour lâensemble du groupe.â
âLetâs make it togetherâ
SVO Business Transformation & Strategic Alignment Picanol
âMais cela ne signifie pas que nous nâutilisons pas le programme Factory of the Future. De plus, les transformations ont inspirĂ© lâĂ©laboration de notre propre approche. Notre programme interne sâappelle âLetâs make it togetherâ. Le but est dâancrer lâavenir du groupe Picanol Ă Ypres. Les coĂ»ts salariaux et la pĂ©nurie de main-dâĆuvre qualifiĂ©e sont deux handicaps chez nous. Nous voulons y pallier avec ce programme. Nous travaillons donc avec trois piliers - World Class Manufacturing, Digital Factory et Human Centered Organisation â qui mĂšnent Ă ce que nous appelons une entreprise intelligente.â
âNous avons lancĂ© ce programme il y a trois ans. Mais nous travaillions dĂ©jĂ sur ces transformations avant. Par exemple, nous avions dĂ©jĂ beaucoup investi dans la numĂ©risation et lâaccent a toujours Ă©tĂ© mis sur lâaspect humain. Nous nâavons donc pas vraiment choisi ces trois piliers, ils Ă©taient plutĂŽt une consĂ©quence logique de la rĂ©alitĂ©.â
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âSi nous examinons ces piliers de prĂšs, nous constatons quâils sont fortement imbriquĂ©s, avec la qualitĂ© comme fil conducteur. Par exemple, nous avons rĂ©cemment investi massivement dans le parc de machines: nous disposons de 50 machines CNC de pointe et de divers robots sur le lieu de travail. Lâaspect numĂ©rique a Ă©galement Ă©tĂ© abordĂ© dans ce cycle dâinvestissement: des tablettes ont Ă©tĂ© introduites, le rĂ©seau a Ă©tĂ© Ă©tendu et des configurateurs de produit ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s. Je voudrais Ă©galement mentionner lâexpansion des systĂšmes MES, EMS et WMS. Nous avons Ă©galement fait des investissements considĂ©rables dans les infrastructures et la sĂ©curitĂ©. Il est difficile de calculer le retour sur investissement de toutes ces mesures mais elles sont importantes dans lâesprit des gens. Ceux qui voient leur employeur investir dans de nouvelles toilettes ou un rĂ©fectoire savent que cette entreprise est âlĂ pour resterâ.â
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un container pour rendre la technologie plus accessible
Geert Ostyn: âAujourdâhui, nous avons rĂ©alisĂ© plusieurs sous-projets autour de cet aspect. Un bon exemple est notre Cube. Une enquĂȘte a montrĂ© que nos employĂ©s avaient de nombreuses questions Ă propos de la technologie. Par exemple, 85% ignoraient ce quâĂ©tait une imprimante 3D. Câest pourquoi nous avons cherchĂ© un moyen de les familiariser avec ces innovations. Le rĂ©sultat a Ă©tĂ© le Cube, un container dans lequel sont prĂ©sentĂ©s une imprimante 3D mais aussi un robot de soins, une application AR/VR, un cobot et un exosquelette. Tout le monde a la possibilitĂ© de visiter le Cube pendant les heures de travail. Par souci de clartĂ©, il ne sâagit pas dâun outil de formation; il y a certaines de ces technologies que nous nâutilisons mĂȘme pas. Par exemple, nous avons testĂ© les exosquelettes mais le projet a Ă©tĂ© mis en attente pour le moment car nous voulons dâabord voir quelques ajustements pratiques: par exemple, il faut que le dispositif sâenlĂšve facilement et quâil puisse ĂȘtre rĂ©initialisĂ© rapidement lorsquâun autre opĂ©rateur commence Ă lâutiliser. Dâici quelques annĂ©es, il sera probablement utilisable dans notre contexte. Ce processus a-t-il Ă©tĂ© une perte de temps? Pas du tout. Dâabord, nous avons appris Ă©normĂ©ment et ensuite, notre personnel sent que nous prenons leur santĂ© Ă cĆur.â 
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Forums technologiques & V-box
âNos forums technologiques sont un autre exemple de cet engagement. Une fois lâinvestissement rĂ©alisĂ©, les opĂ©rateurs font une dĂ©monstration de la technologie aux collĂšgues intĂ©ressĂ©s. Chaque session attire environ 30 personnes, dont des employĂ©s des ressources humaines ou des finances, par exemple. Cela favorise la comprĂ©hension mutuelle et indique que les notions âhuman centeredâ et âworld class manufacturingâ sont fortement imbriquĂ©es ici. Un autre bon exemple est la V-box. Dans cette boĂźte, les employĂ©s peuvent discuter de toutes les donnĂ©es pertinentes et rĂ©centes. Cela garantit une plus grande interaction mutuelle et permet de prendre les mesures nĂ©cessaires de maniĂšre rĂ©flĂ©chie.
Ce moment a lieu plusieurs fois par jour. LĂ encore, le retour sur investissement de ce genre de chose est difficile Ă calculer: dans 80% des cas, la boĂźte est vide. Si on utilisait les mĂȘmes critĂšres quâavec les machines, le retour sur investissement serait lamentable. Mais lorsquâon nâest motivĂ© que par les coĂ»ts, on nĂ©glige certaines choses importantes.â
Roadmap technologique
On voit souvent Picanol apparaßtre dans diverses recherches en collaboration avec des organisations comme Flanders Make et les universités.
âNous suivons les innovations technologiques avec une attention toute particuliĂšre. Nous voulons dĂ©velopper une usine numĂ©rique et analyser quelles techniques sont les mieux adaptĂ©es pour ce vers quoi nous voulons aller. A cet Ă©gard, nous parlons en interne dâune histoire fondamentale ou dâune histoire clĂ©. Dans une histoire fondamentale, nous dĂ©veloppons nous-mĂȘmes la technologie en interne, câest ainsi que nous faisons la diffĂ©rence. Avec une histoire clĂ©, dâautres organisations sont mieux placĂ©es pour dĂ©velopper la technologie et nous recherchons des collaborations, comme câest le cas dans les projets ICON.â
Comment déterminer?
âLâinnovation a deux approches. Dans le premier cas, un service ressent un besoin et cherche des solutions. La technologie nâest alors disponible que dans ce dĂ©partement. Souvent, la direction hiĂ©rarchique de ce service ne considĂšre pas quâil lui incombe dâĂ©tendre cette innovation aux autres services de lâentreprise. Une deuxiĂšme approche consiste Ă sensibiliser les gens Ă la technologie, Ă les faire rĂ©flĂ©chir Ă la maniĂšre dont nous pouvons utiliser les innovations. Nous leur montrons alors la technologie dans le Cube. Notre personnel a besoin de sentir quâil est autorisĂ© Ă expĂ©rimenter, nous voulons le stimuler en le familiarisant avec la technologie. Les nouvelles gĂ©nĂ©rations sont aussi demandeuses et veulent pouvoir expĂ©rimenter.â
Production en série avec des exigences spécifiques
âCâest une question avec laquelle plusieurs entreprises se dĂ©battent: quelle technologie utiliser? Nous essayons de maintenir notre portĂ©e technologique aussi large que possible afin de pouvoir changer rapidement en cas de besoin. Nous sommes Ă©galement confrontĂ©s Ă des sĂ©ries de plus en plus petites. Nous en faisons lâexpĂ©rience depuis la crise bancaire de 2008. A cette Ă©poque, les entreprises se dĂ©battaient avec des liquiditĂ©s limitĂ©es car les stocks Ă©taient bloquĂ©s partout. Les leçons que nous en avons tirĂ©es sont que nous devons aborder notre rĂ©seau de fournisseurs diffĂ©remment afin de pouvoir rĂ©agir rapidement. Nous nous sommes maintenant adaptĂ©s Ă ces gammes plus petites. Nous ne produisons rien pour stocker. Tout ce qui est fabriquĂ© aujourdâhui part chez le client dans les trois jours. Notre production est structurĂ©e de maniĂšre Ă ce que nous nâajoutions des caractĂ©ristiques spĂ©cifiques au client quâen fin de chaĂźne. Ainsi, le prix reste sous contrĂŽle et nous pouvons offrir la valeur ajoutĂ©e nĂ©cessaire. Le rĂ©seau local est Ă©galement trĂšs important pour notre ancrage en Belgique. Sans les universitĂ©s, les organismes de connaissance et les PME locales, cela serait trĂšs difficile. Par exemple, nous sommes trĂšs actifs au sein de Flanders Make, oĂč nous collaborons avec dâautres entreprises. Nous avons aussi des projets en cours avec quatre de nos universitĂ©s. Cette interaction enrichit le projet. On apprend Ă connaĂźtre dâautres personnes et dâautres entreprises, ce qui permet dâobtenir des rĂ©sultats immĂ©diats lors de collaborations ultĂ©rieures.â  ï±

